Texte au mur en guise d’introduction à l’exposition Là où ça est, doit advenir le Je (2000)

Là où ça est, doit advenir le Je ((Là où ça est, doit advenir le Je [Johanne Gagnon, Manon Labrecque, Lani Maestro et David Tomas, Galerie de l’UQAM, du 13 janvier au 19 février].))

Une exposition en écho à la pensée freudienne, où quatre propositions plastiques mettent à jour pour nous l’excentricité absolue de la subjectivité.

Ainsi, devant l’œuvre, pour autant que cet enjeu puisse être généralisable, je ne suis pas Moi, mais ce qu’elle m’assigne d’être. Un espace de fiction s’ouvre, nous laissant libre de nous y abandonner. Pour le plaisir d’abord, et puis, le corps ainsi disposé à l’écoute,  un récit commence à se faire entendre à qui continue de jouer le jeu.

Parce que l’artiste travaille dans le champ limité de la perception, on fera l’épreuve de cette narration à travers des expériences faites de l’obscurité dans la lumière (Lani Maestro), du motif de la mort dans celui de la vie (Manon Labrecque), de la présence de la machine dans l’attitude humaine (David Tomas), et de la mesure dans l’incommensurable de la singularité (Johanne Gagnon). Un trouble fracture l’espace prévenant de la fiction. Aurions-nous dès lors des yeux pour ne pas voir, une vie pour la mourir, un savoir pour nous anéantir, une singularité pour l’étalonner?

Prise dans l’incroyable lucidité de l’artiste, l’expérience, un instant douloureuse, se laissera pourtant retourner dans son contraire. Coup de force de l’infinie ingéniosité de nos artistes, leur œuvre faisant art avec la livraison d’un tel retournement comme d’un devoir au sens moral.

« Là où Ça était, doit advenir le Je. C’est une tâche civilisatrice de la sorte de l’assèchement du Zuydersee. » Sigmund Freud.